{"id":8552,"date":"2017-12-02T15:51:23","date_gmt":"2017-12-02T13:51:23","guid":{"rendered":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/actualites\/les-dessous-de-la-creation-de-la-royal-oak\/"},"modified":"2017-12-02T15:51:23","modified_gmt":"2017-12-02T13:51:23","slug":"les-dessous-de-la-creation-de-la-royal-oak","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/actualites\/les-dessous-de-la-creation-de-la-royal-oak\/","title":{"rendered":"Les dessous de la cr\u00e9ation de la Royal Oak !"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" data-src=\"\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/543_audemars_piguet_royal_oak_5402.jpg\" alt=\"Les dessous de la cr\u00e9ation de la Royal Oak !\" class=\"wp-image featured-image lazyload\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 800px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 800\/700;\" \/><\/p>\n<p><em><strong><span>Etant un fervent admirateur de la Royal Oak, 1<sup>\u00e8re<\/sup> g\u00e9n\u00e9ration (ref 5402), j\u2019ai souhait\u00e9 partager avec vous cet excellent article tr\u00e8s document\u00e9 de Gregory Pons qui \u00e9voque pour la premi\u00e8re fois les pr\u00e9mices de la cr\u00e9ation de ce mod\u00e8le mythique, sujet tr\u00e8s peu \u00e9voqu\u00e9 sous cet angle. <\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><span>BUSINESS MONTRES ARCHIVES <br \/>\nContribution (non officielle, mais tr\u00e8s document\u00e9e) aux 40 ans de la <strong>Royal Oak<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p><span>Ic\u00f4ne horlog\u00e8re de la fin du XXe si\u00e8cle, la Royal Oak f\u00eate cette ann\u00e9e ses quarante ans. En <strong>1972<\/strong>, l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er une montre sportive en acier, \u00e0 ce prix et avec des vis apparentes, \u00e9tait si totalement disruptive que personne n\u2019y croyait. Sauf <strong>G\u00e9rald Genta<\/strong> et <strong>Roberto Carlotti<\/strong>, qui ont v\u00e9ritablement forc\u00e9 la main de la marque pour imposer leur id\u00e9e d&rsquo;une nouvelle montre pour les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations&#8230; Cette page d\u2019histoire <strong>non officielle et non autoris\u00e9e<\/strong> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e par \u00ab <strong>Business Montres<\/strong> \u00bb \u00e0 la fin du mois de janvier 2012 !<\/span><\/p>\n<p><strong>LES GRANDES L\u00c9GENDES DE L\u2019HISTOIRE <\/strong> <b>HORLOG\u00c8RE \u2028RESTENT \u00c0 \u00c9CRIRE,<\/b> <strong>MAIS SANS PAILLETTES SUPERF\u00c9TATOIRES !<\/strong><\/p>\n<p><strong><span>G\u00e9rald Genta, le designer horloger le plus g\u00e9nial de la fin du XXe si\u00e8cle<\/span><\/strong><span>, \u00e9tait encore, en 1972,<\/span><strong><span> <\/span><\/strong><span>un cr\u00e9ateur plein d\u2019avenir, dont les crayons \u00e9taient mobilis\u00e9s pour diff\u00e9rentes maisons de montres, suisses ou non\u00ad-suisses. R\u00e9cemment disparu (<em>Business Montres <\/em>du 23 ao\u00fbt 2011), il avait souvent \u00e9voqu\u00e9 pour<span> <\/span><em>Business Montres<\/em><span> <\/span>la gestation de sa plus fameuse cr\u00e9ation, celle de la Royal Oak, mais en restant relativement \u00e9vasif sur les conditions pr\u00e9cises de ses relations avec la <strong>manufacture du Brassus<\/strong>, dont il \u00e9tait un des fournisseurs. Ce dont elle para\u00eet ne s&rsquo;\u00eatre souvenu que pour ce 40 i\u00e8me anniversaire. <strong>Qu\u2019\u00e9tait devenu le \u00ab bon de commande \u00bb de cette montre de l\u00e9gende ?<\/strong> <\/span><\/p>\n<p><span>Il nous l\u2019avait promis, sans pouvoir le retrouver dans ses archives. A quel prix son dessin avait\u00ad-il \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 ? Dans quelles circonstances ? Il ne savait plus. Manifestement, il y avait, autour du berceau de la Royal Oak, un flou savamment et artistiquement entretenu par G\u00e9rald Genta&#8230;<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 L\u2019explication de ce trouble \u00e9tait relativement simple<\/span><\/strong><span>. Apr\u00e8s la disparition, sa premi\u00e8re \u00e9pouse et sa fille \u2013 qui travaillaient alors avec lui, dans son atelier de cr\u00e9ation de Gen\u00e8ve \u2013 nous ont apport\u00e9 quelques pr\u00e9cisions in\u00e9dites sur la <strong>naissance de la Royal Oak<\/strong>. Les premiers coups de crayon ne concernaient pas forc\u00e9ment une montre sportive, mais un simple travail sur le bo\u00eetier : l\u2019id\u00e9e octogonale \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Le discours sur l\u2019ouverture des sabords du vaisseau de ligne Royal Oak ou du f\u00fbt de ses canons ne viendra que longtemps apr\u00e8s, mais cette forme avait frapp\u00e9 G\u00e9rald Genta avant m\u00eame qu\u2019il ne songe \u00e0 en faire une montre. C\u2019est dans cette \u00ab pr\u00e9histoire \u00bb de la Royal Oak qu\u2019il faut sans doute resituer la r\u00e9p\u00e9tition minutes \u00ab pi\u00e8ce unique \u00bb octogonale, en or, invendue par Sotheby\u2019s cet automne, l\u2019acheteur du mus\u00e9e Audemars Piguet s\u2019\u00e9tant abstenu (<em>Business Montres<\/em><span> <\/span>du 27 octobre)&#8230;<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 Une fois le concept hexagonal pos\u00e9, que fallait\u00ad il faire de cette id\u00e9e ?<\/span><\/strong><span><span> <\/span><\/span><span>Nous devons, l\u00e0 encore, nous reporter \u00e0 l\u2019ambiance de l\u2019\u00e9poque : l\u2019horlogerie traditionnelle vivait une amorce de crise \u00ad d\u00e9j\u00e0 ! \u00ad et les montres suisses se vendaient d\u2019autant moins bien sur les march\u00e9s qu\u2019elles \u00e9taient trop ch\u00e8res \u00ad encore un probl\u00e8me de devises ! \u00ad et l\u00e9g\u00e8rement obsol\u00e8tes par leur m\u00e9canique \u00ad le quartz \u00e9tait ultra\u00adchic et tendance. Les d\u00e9taillants rechignaient \u00e0 les vendre et les clients \u00e0 investir dans des produits trop traditionnels pour la modernit\u00e9 ambiante.<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" data-src=\"\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/543_2948_gerald_genta_royal_oak_designer.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image lazyload\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 620px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 620\/495;\" \/><\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 Robert Carlotti \u00e9tait un des plus dynamiques agents italiens des manufactures suisses<\/span><\/strong><span><span> <\/span><\/span><span>en Italie, notamment d\u2019Audemars Piguet. Disparu au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 (alors qu\u2019il \u00e9tait un des piliers du groupe Franck Muller qu\u2019il distribuait en Italie), ce v\u00e9t\u00e9ran des grandes batailles horlog\u00e8res a souvent \u00e9voqu\u00e9, en priv\u00e9, cette gestation de la Royal Oak. Sa famille confirme le contenu de ses propos. Son seul souci \u00e9tait alors de proposer sur le march\u00e9 une montre accessible, donc une montre en acier, moins ch\u00e8re qu\u2019une montre en or. Et, si possible, une montre simple, sans complications, adapt\u00e9 \u00e0 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de clients. Pas facile pour une manufacture de la vall\u00e9e de Joux, qui n\u2019embo\u00eetait quasiment que des mouvements d\u2019\u00e9lite, plut\u00f4t compliqu\u00e9s, dans des bo\u00eetiers en or !<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 Il existait donc une double demande : un bo\u00eetier octogonal c\u00f4t\u00e9 G\u00e9rald Genta<\/span><\/strong><span>, et une montre \u00ab simple \u00bb en acier du c\u00f4t\u00e9 du march\u00e9 italien. La Royal Oak allait na\u00eetre de cette double sollicitation, issue d\u2019une pression marchande autant que d\u2019une tentation esth\u00e9tique. Bien entendu, c\u00f4t\u00e9 Audemars Piguet, il \u00e9tait difficile de se d\u00e9cider pour un produit aussi franchement \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb qu\u2019un bo\u00eetier de forme en acier. On conna\u00eet le conservatisme traditionnel des manufactures suisses : \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait encore pire ! Ce conservatisme institutionnel n\u2019\u00e9tait pas, en 1972, le fait d\u2019une personne (le directeur de la manufacture, qui n\u2019est pas ici nomm\u00e9ment en cause), ni le fruit d\u2019une volont\u00e9 strat\u00e9gique : c\u2019\u00e9tait un \u00e9tat d\u2019esprit culturel propre aux vall\u00e9es horlog\u00e8res. \u00ab \u00c7a ne s\u2019est jamais fait, donc \u00e7a ne se fera jamais \u00bb ! Le mot m\u00eame de \u00ab marketing \u00bb n\u2019avait jamais encore p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 ces vall\u00e9es : le prononcer aurait \u00e9t\u00e9 une faute de go\u00fbt r\u00e9dhibitoire. Il aura fallu tout l\u2019engagement conjoint de G\u00e9rald Genta et Roberto Carlotti pour forcer la main de la direction d\u2019Audemars Piguet.<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 Au printemps 1971, l\u2019id\u00e9e d\u2019une montre de luxe en acier avait fini par faire son chemin<\/span><\/strong><span><span> <\/span><\/span><span>au Brassus : il fallait bien vendre, et la production classique se vendait mal ! Pour bien vendre, il faut jouer sur le facteur prix ! Mais c\u2019\u00e9tait plus facile \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 faire : les machines de production n&rsquo;\u00e9taient pas cal\u00e9es pour r\u00e9aliser des bo\u00eetiers en acier et il fallait revoir toutes les proc\u00e9dures. Ce serait donc co\u00fbteux, et ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment le moment d\u2019investir dans de nouveaux moyens industriels. Et puis, une montre en acier, pourquoi faire, comment faire et en quoi cela va\u00adt\u00adil aider aux ventes ? Il faudrait ce qu\u2019on n\u2019appelle pas encore un \u00ab concept \u00bb, mais tout simplement une bonne id\u00e9e&#8230;<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient G\u00e9rald Genta, qui a vraiment eu envie d\u2019imposer au march\u00e9 son id\u00e9e<\/span><\/strong><span><span> <\/span><\/span><span>de montre octogonale. Une montre en acier ne lui fait pas peur, au contraire : il en aime l&rsquo;id\u00e9e insolite dans l&rsquo;univers du luxe. On a d\u00e9j\u00e0 vu des montres de cette forme octogonale, notamment des montres de poche, ainsi que des montres\u00adbracelets, dans les ann\u00e9es trente, quand il s\u2019agissait de rompre avec les \u00ab montres de papa \u00bb, imperturbablement rondes. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, ce serait \u00e0 nouveau d\u00e9cal\u00e9 et vendeur \u2013 on ne dit pas alors \u00ab disruptif \u00bb, mais l\u2019id\u00e9e est la m\u00eame. Le bouillant G\u00e9rald Genta n\u2019a qu\u2019une id\u00e9e en t\u00eate : se faire plaisir en inventant de nouvelles montres ! Dynamitero dans l\u2019\u00e2me, il accumule les dessins de bo\u00eetiers octogonaux, sans vraiment r\u00e9ussir convaincre la direction d\u2019Audemars Piguet de lui faire confiance. Choisir l\u2019acier, c\u2019est encore plus radical : le principe d\u2019une montre octogonale dans un m\u00e9tal aussi \u00ab commun \u00bb que l\u2019acier n\u2019infuse que tr\u00e8s lentement dans les esprits, \u00e0 quelques mois de la foire de B\u00e2le, mais on finit par s\u2019y faire. Roberto Carlotti y croit tr\u00e8s fort. G\u00e9rald Genta encore plus. Pour emporter la d\u00e9cision, G\u00e9rald Genta lance : \u00ab \u00c9coutez, je vous offre le dessin et je ne vous fais rien payer pour ce projet, mais d\u00e9cidez\u00advous ! \u00bb. Un argument qui porte dans une maison o\u00f9 un sou est un sou, surtout en p\u00e9riode de crise. D&rsquo;autant que Roberto Carlotti se d\u00e9clare pr\u00eat, de son c\u00f4t\u00e9, \u00e0 se mouiller et \u00e0 pr\u00e9\u00adcommander un volume de pi\u00e8ces qui vient encore r\u00e9duire le risque industriel. Apr\u00e8s tout, pourquoi ne pas faire l\u2019essai ?<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 C\u2019est pour cette unique raison qu\u2019il n\u2019existe pas de \u00ab bon de commande \u00bb<\/span><\/strong><span>, ni m\u00eame de facture, pour les premiers dessins de la Royal Oak qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 pay\u00e9s \u00e0 G\u00e9rald Genta. Il n\u2019aura jamais touch\u00e9 un centime pour une cr\u00e9ation qui deviendra une des plus c\u00e9l\u00e8bres ic\u00f4nes de l\u2019histoire horlog\u00e8re du XXe si\u00e8cle ! Et pas de droits d\u2019auteur non plus. D\u2019ailleurs, prudemment, Audemars Piguet ne lancera \u00e0 B\u00e2le qu\u2019une s\u00e9rie tr\u00e8s limit\u00e9e \u00ad 1 000 pi\u00e8ces, selon des sources internes \u00ad de cette premi\u00e8re Royal Oak. Pourquoi 1 000 montres ? Parce que Roberto Carlotti s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 en prendre 1 000 ! Le march\u00e9 allemand en commandera de son c\u00f4t\u00e9 300 de plus, et les autres march\u00e9s quelques centaine de plus, ce qui dissuadera Georges Golay, le directeur de la manufacture, de jeter l&rsquo;outillage utilis\u00e9 \u00e0 la fin de la production de cette s\u00e9rie, comme il avait l&rsquo;intention de le faire !<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" data-src=\"\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/543_2950_original_royal_oak_drawing_audemars.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image lazyload\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 620px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 620\/316;\" \/><\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 Un lancement presque furtif et une communication \u00ab du bout des l\u00e8vres \u00bb<\/span><\/strong><span>, alors que G\u00e9rald Genta a trouv\u00e9 l\u2019argument qui tue : tant qu\u2019\u00e0 faire une montre en acier, autant proclamer qu\u2019elle sera la \u00ab montre\u00aden\u00adacier\u00adla\u00adplus\u00adch\u00e8re\u00addu\u00admarch\u00e9 \u00bb. Il avait tout compris du marketing horloger trente ans avant tout le monde ! Richard Mille a proc\u00e9d\u00e9 exactement de la m\u00eame mani\u00e8re en 2001 pour son premier tourbillon. Il faut quand m\u00eame pr\u00e9ciser que cette montre en acier n\u2019\u00e9tait si ch\u00e8re que par l\u2019impossibilit\u00e9 de la produire dans ce m\u00e9tal dans des quantit\u00e9s qui auraient abaiss\u00e9 les co\u00fbts d\u2019usinage et son prix de revient. Et il faut savoir que Georges Golay, en bon et prudent combier gestionnaire, avait int\u00e9gr\u00e9 dans le prix final de la montre toute la valeur de l&rsquo;outillage sp\u00e9cialement d\u00e9velopp\u00e9 pour produire la Royal Oak. Un amortissement sur une seule s\u00e9rie, \u00e7a fait toujours tr\u00e8s mal ! \u00c0 3 650 francs suisses de l&rsquo;\u00e9poque pour une montre en acier, quand une Calatrava de Patek Philippe en or \u00e9tait factur\u00e9e 2 000 francs suisses, on voit tout de suite que la manufacture avait \u00ab charg\u00e9 la mule \u00bb pour ne vraiment pas courir le moindre risque financier sur une s\u00e9rie pr\u00e9\u00adachet\u00e9e&#8230;<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 Autre apport d\u00e9cisif de G\u00e9rald Genta, qui r\u00eavait secr\u00e8tement de cr\u00e9er une montre<\/span><\/strong><span><span> <\/span><\/span><span>aussi \u00ab forte \u00bb que l\u2019Oyster de Rolex : faire de ce bo\u00eetier octogonal en acier une vraie \u00ab montre de sport \u00bb, dont la vocation tout\u00adterrain serait \u00e9vidente au premier regard. Audemars Piguet n&rsquo;\u00e9tait \u00e9videmment pas une manufacture de montres sportives : on imagine le choc culturel, chez les clients et dans le r\u00e9seau ! C\u2019est pour cette raison que G\u00e9rald Genta a surconnot\u00e9 l&rsquo;aspect \u00ab industriel \u00bb de sa Royal Oak en imposant des vis sur la lunette. De vis inspir\u00e9es, selon ses proches, par les vis qu&rsquo;on trouve sur les tenues des scaphandriers et qui le fascinaient \u00ad tiens, \u00e7a nous rappelle la fascination de Maximilian Busser pour les m\u00eames \u00e9quipements (<em>Business Montres<\/em><span> <\/span>du 12 janvier). Ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re montre \u00e0 visserie apparente, mais cela soulignait encore mieux la rupture avec l\u2019horlogerie traditionnelle. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, cette \u00ab brutalit\u00e9 \u00bb technique du design \u2013 et la premi\u00e8re s\u00e9rie des Royal Oak \u00e9tait particuli\u00e8rement \u00ab brutale \u00bb dans ses finitions \u2013 s&rsquo;imposait comme un facteur de rupture des codes, apparemment appr\u00e9ci\u00e9 d\u2019une nouvelle client\u00e8le d\u2019amateurs, plus jeunes, moins conformistes, tr\u00e8s diff\u00e9rents des \u00ab collectionneurs \u00bb qui constituaient le gros des acheteurs de la marque. En plus, les vis avaient l\u2019avantage de vraiment rendre \u00e9tanche un bo\u00eetier de forme \u2013 ce qui n\u2019\u00e9tait pas si \u00e9vident que \u00e7a \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00ad on se souviendra que les probl\u00e8mes d\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 d\u2019un bo\u00eetier carr\u00e9 avaient pratiquement \u00ab tu\u00e9 \u00bb le chronographe Monaco d\u2019Heuer&#8230;<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 Dernier atout de G\u00e9rald Genta : le bracelet en acier int\u00e9gr\u00e9, lui aussi h\u00e9rit\u00e9 de longues m\u00e9ditations<\/span><\/strong><span><span> <\/span><\/span><span>sur la s\u00e9duction des Oyster chez Rolex, dont le bracelet est au moins aussi iconique que le bo\u00eetier. Il semblerait que G\u00e9rald Genta en ait rapport\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un fournisseur de bracelets d&rsquo;Audemars Piguet, en Italie : un prototype tra\u00eenant sur un \u00e9tabli l&rsquo;aurait inspir\u00e9. Un tel bracelet directement reli\u00e9 au bo\u00eetier n\u2019\u00e9tait pas facile \u00e0 produire et il rench\u00e9rissait le prix de revient de la montre, mais il \u00ab collait \u00bb si bien \u00e0 l\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Royal Oak qu\u2019il s\u2019est impos\u00e9 \u00e0 des \u00e9quipes techniques, ravies de sortir des sentiers battus et motiv\u00e9es par la cr\u00e9ation d\u2019une telle \u00ab bombe \u00bb esth\u00e9tique. Il ne restait plus \u00e0 G\u00e9rald Genta \u2013 quel fantastique pr\u00e9curseur ! \u2013 qu\u2019\u00e0 imaginer le storytelling qui devait magnifier cette sportive octogonale en acier : l\u2019id\u00e9e des 74 canons du Royal Oak historique (\u00e2me ronde, mais f\u00fbt octogonal, avec des mantelets de sabords octogonaux) \u00e9tait tout simplement g\u00e9niale. Il semblerait que cette forme ait frapp\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque G\u00e9rald Genta, qui y voyait un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 (virilit\u00e9, puissance, histoire, aventure) du r\u00e9cit \u00e0 construire autour de sa montre.<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022 \u00c0 la foire de B\u00e2le 1972, comme Roberto Carlotti l\u2019avait pressenti, pr\u00e9dit et anticip\u00e9<\/span><\/strong><span>, la premi\u00e8re s\u00e9rie limit\u00e9e de Royal Oak s\u2019est arrach\u00e9e entre les agents de la marque, qui attendaient tous un tel produit de \u00ab rupture \u00bb et qui ont ouvert une liste d&rsquo;attente. La direction d\u2019Audemars Piguet a vraiment commenc\u00e9 \u00e0 comprendre l\u2019incroyable potentiel commercial d\u2019une montre qui heurtait de plein fouet tous les principes habituels de la manufacture. On avait embo\u00eet\u00e9 le premier mouvement m\u00e9canique venu : on allait d\u00e9sormais retravailler la Royal Oak dans un sens plus horloger (image<span> <\/span><em>ci\u00ad-dessus<\/em><span> <\/span>: la Royal Oak extra\u00ad-plate du 40e anniversaire). Une l\u00e9gende \u00e9tait n\u00e9e. Quarante ans plus tard, elle n\u2019a rien perdu de ses capacit\u00e9s \u00e0 nous faire r\u00eaver.<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 Il fallait pourtant une \u00ab nourrice \u00bb au nouveau b\u00e9b\u00e9 \u00ab sportif \u00bb de la manufacture<\/span><\/strong><span>. Pendant de longues ann\u00e9es, une femme va veiller sur son berceau et donner \u00e0 la future ic\u00f4ne l&rsquo;\u00ab \u00e9ducation horlog\u00e8re \u00bb n\u00e9cessaire. Il s&rsquo;agit de Jacqueline Dimier, devenue directrice de la cr\u00e9ation apr\u00e8s le d\u00e9part de G\u00e9rald Genta \u2013 c&rsquo;est\u00ad\u00e0\u00addire tr\u00e8s peu apr\u00e8s le lancement \u00e0 la foire de B\u00e2le. Tout restait \u00e0 faire : elle devait s&rsquo;atteler \u00e0 cette t\u00e2che pendant trente ans ! C&rsquo;est elle qui a fait \u00e9voluer la Royal Oak en lui apportant de la douceur, alors que la premi\u00e8re s\u00e9rie \u00e9tait tr\u00e8s \u00ab rustique \u00bb et vraiment \u00ab brute de d\u00e9coffrage \u00bb, et du confort au porter. C&rsquo;est elle qui a eu l&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9cliner la Royal Oak en mod\u00e8le f\u00e9minin, plus carr\u00e9 \u2013 gros succ\u00e8s commercial \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. C&rsquo;est elle qui a introduit dans cette ligne les premiers mouvements compliqu\u00e9s (le quanti\u00e8me perp\u00e9tuel, le jour\u00ad date, etc.), jusqu&rsquo;au chronographes actuels&#8230;<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 Pour la premi\u00e8re fois depuis quarante ans, la manufacture Audemars Piguet a rendu hommage \u00e0 G\u00e9rald Genta<\/span><\/strong><span><span> <\/span><\/span><span>\u2013 tardivement et du bout des l\u00e8vres, certes, mais tous les initi\u00e9s ont not\u00e9 cette surprenante reconnaissance post mortem. C&rsquo;est qu&rsquo;il y avait de la f\u00e2cherie dans l&rsquo;air au Brassus, o\u00f9 on accusait G\u00e9rald Genta de s&rsquo;\u00eatre servi des premiers succ\u00e8s de la Royal Oak \u2013 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, on l&rsquo;avait mis en avant \u2013 pour lancer sa propre marque. Les \u00ab combiers \u00bb de la vall\u00e9e de Joux ont la rancune tenace : G\u00e9rald Genta aura pay\u00e9 cette ingratitude premi\u00e8re d&rsquo;un silence radio de presque quarante ans. \u00ab Ingratitude \u00bb qui ne m\u00e9ritait sans doute ni cet exc\u00e8s d&rsquo;honneur, ni cette indignit\u00e9&#8230;<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><strong><span>\u2022\u2022\u2022 S\u2019il y a une morale \u00e0 tirer de cette histoire, c&rsquo;est qu&rsquo;il faut toujours oser, il faut r\u00eaver plus fort<\/span><\/strong><span><span> <\/span><\/span><span>et il faut aller de l&rsquo;avant ! Sans cette Royal Oak, la maison Audemars Piguet n&rsquo;aurait sans doute pas pu survivre dans les tourmentes de la fin du XXe si\u00e8cle. Il faut aussi savoir mettre sa peau au bout de ses id\u00e9es : m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;en est probablement mordu les doigts par la suite, G\u00e9rald Genta a offert la Royal Oak \u00e0 Audemars Piguet. Parce qu&rsquo;il y croyait. Parce qu&rsquo;il savait \u2013 mieux que tout le monde et avant tout le monde \u2013 comment l&rsquo;horlogerie suisse allait \u00e9voluer. Une question pour conclure : combien de jeunes G\u00e9rald Genta et de jeunes Roberto Carlotti voient\u00ad-ils aujourd&rsquo;hui les portes des manufactures leur \u00eatre claqu\u00e9es au nez quand ils viennent proposer des id\u00e9es qui d\u00e9rangent ?<span> <\/span><em>Horresco referens<\/em>, comme disait En\u00e9e&#8230;<\/span><\/p>\n<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" data-src=\"\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/543_2952_ap_royal_oak_original_sketch_first_drawing.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image lazyload\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 620px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 620\/696;\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Etant un fervent admirateur de la Royal Oak, 1\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration (ref 5402), j\u2019ai souhait\u00e9 partager avec vous cet excellent article<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8553,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[703],"tags":[704],"class_list":["post-8552","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-audemars-piguet","tag-a-voir"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8552","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8552"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8552\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8553"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8552"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8552"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leguidedesmontres.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8552"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}