Autre

Calibre 7750 : radiographie d’une légende

Calibre 7750 : radiographie d’une légende

Ce sont en général les premiers chiffres que l’on apprend durant ses classes horlogères : 7750, à prononcer 77-50. La référence à ce chronographe est si répandue qu’elle en devient familière, comme un lointain cousin jamais rencontré, mais dont on entend tellement parler que l’on a l’impression de le connaître !

En vérité, l’histoire du calibre 7750 est si longue et riche qu’elle est difficile à appréhender d’un seul tenant. A commencer par son appellation : ETA 7750 ou Valjoux 7750 ?

Résistance historique

Historiquement, les deux noms sont corrects. Ebauches SA, ancien nom de Valjoux, intègre une entreprise plus large en 1931, l’ASUAG. Cette dernière sera fusionnée avec la SMH (Société suisse de microélectronique et d’horlogerie SA) et l’ensemble renommé The Swatch Group en 1998. En résumé, Valjoux est un trésor de guerre du groupe.

Le 7750 est certainement son calibre le plus connu, parce que l’un des plus diffusés et des plus fiables. On lui attribue d’ailleurs le sobriquet horloger de « tracteur », qui caractérise, à l’instar des Rolex, des mouvements basiques mais dotés d’une longévité exceptionnelle. Le 7750 avait d’ailleurs été conçu dans cet objectif, ne rassemblant que 240 composants lors de sa création en 1974. C’était 10% de moins que son concurrent El Primero. Pour réduire son coût, l’ETA en a d’ailleurs aussi réduit la fréquence, avec deux versions à 21 600 et 28 800 alternances par heure, quand El Primero n’était disponible qu’à 36 000 alternances.

Valjoux ira même plus loin dans l’économie, en proposant trois ans après sa création le 7755 (sans indication du jour) et le 7765, version manuelle du 7755. La crise du quartz, qui emportera nombre de calibres, épargnera le 7750, déjà devenu incontournable.

Bruyante efficacité

Le 7750, on l’aime pour sa robustesse, sa souplesse industrielle. Aujourd’hui, ETA en propose quatre variations au catalogue, se différenciant par leurs fonctions (phase de Lune, quantième, jour, etc.) ou leur esthétique (le placement de ces complications sur le cadran).

Au quotidien, le 7750 présente deux avantages : il est fiable et requiert, en pratique, peu d’interventions. Certains vont même jusqu’à dire qu’il est parfois plus intéressant de conduire le calibre jusqu’à se dernière heure et de faire ensuite un échange mouvement. L’option est ouverte, mais c’est sans compter la décote que subit à chaque fois la pièce, qui perd d’autant son authenticité. L’équation économique reste toutefois intéressante, dans la mesure où un service complet chez la marque peut atteindre 1000 euros, alors qu’il en coûtera deux à quatre fois moins (selon complications) pour faire simplement un échange mouvement par un horloger indépendant qualifié…

Côté reproche, on distingue deux catégories. En premier lieu, le caractère indéniablement bruyant du 7750. Bien que montée dès l’origine sur roulement à billes, sa masse oscillante en action est clairement palpable au poignet, voire à l’oreille, tant son bruit est fort (certains le surnomment l’hélicoptère). Techniquement, le rotor remonte aujourd’hui dans un seul sens, qui tourne donc plus facilement dans un sens que dans le sens opposé. Cette observation se vérifie à l’œil nu. Il en va de même pour le déclenchement du chronographe, réputé vigoureux. Certains y voient un charme d’antan. D’autres y voient une disgrâce, surtout pour un garde-temps de luxe.

C’est là le second reproche du 7750. Utilisé à outrance par l’industrie, il a équipé – et équipe toujours – un nombre incalculable de garde-temps. Le problème, c’est la gamme de prix opérée par les marques. Un ETA 7750 vaut aujourd’hui, à l’unité, de l’ordre de 400 euros, selon complications embarquées. Commandé par milliers, par millions, les prix s’écroulent, à environ 100 euros la pièce, voire moins.

Certaines marques profitent de cette économie d’échelle pour en équiper certaines de leurs références et les proposer à des prix bas : Oris Big Crown Chronograph, Tissot et Hamilton à moins de 1200 euros, Louis Erard, Sinn ou Habring à 1750 euros, Baume & Mercier ou Bell & Ross Vintage 126 pour 2000 à 3000 euros, Porsche Design, suivi de Hanhart, Eberhard Tazio Nuvolari, et bien d’autres encore, comme les fameuses Chronomat de Breitling ou les TAG Heuer Calibre 16, qui reposent sur base 7750 et se négocient environ 5000 euros.

Au delà, les prix s’envolent. Panerai utilise une version « montre » automatique simple de l’ébauche, sans la fonction chronographe pour la majorité de ses Luminor, proposée en règle générale au-delà des 6000 euros. La plupart des anciennes Navitimer 7750 dépassent elles aussi les 5000 voire 6000 euros. Suivent des Graham (Chronofighter) à plus de 7000 euros. A « seulement » quatre chiffres, Chopard ferme la marche avec ses Classic Racing collection, à tout juste moins de 10 000 euros.

Au delà, certaines IWC DoppelChrono ou Aquatimer dépassent ce cap, la Romain Jerome Steampunk Chrono Blue frôle 15 000 euros, même avec des modifications apportées par Concepto sur la base du 7750. Ces tarifs sont aujourd’hui jugés excessifs par de nombreux observateurs en regard du mouvement embarqué.

Concurrence interne

Le Valjoux 775X/6X est monté avec 17 ou 25 rubis. Il est assez grand (30 mm), épais (7,9 mm) et avec les problèmes sonores évoqués. Pour offrir une alternative plus séduisante à ses marques, ETA a développé deux gammes complémentaires : les 2824 et 2892. Elle y associe ensuite des modules Dubois Dépraz. Le résultat est un diamètre de 25,6 mm et 6,5 à 7,5 mm d’épaisseur. La disposition des compteurs, en triangle inférieur, permet de le différencier du classique 7750.

Olivier Müller

Visuels © Pagassi, DR